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Shakira
Zenith Arena, Montpellier, 26 Novembre 2010.
Une fois n’est pas coutume, direction le fief du raffiné Louis Nicollin pour un gros concert que j’attendais autant voir plus qu’Arcade Fire vus l’avant veille au Dome.
Dans un genre très différent car cette fois totalement mainstream.
Les habituels lecteurs et lectrices de mes chroniques d’artistes rock indé, hip hop, electro plus ou moins pointus pourront se demander, à l’instar d’un Robert Menard face à feu George Frêche, "Aller voir Shakira, mais vous n’êtes pas sérieux ?".
Eh bien si, Shakira fait très sérieusement partie depuis une dizaines d’années de mes "guilty pleasures" et dès l’annonce de son unique passage dans le sud, je n’ai pas hésité une seconde à faire le déplacement avec un ami admirateur de longue date.
Outre ses qualités d‘entertaineuse qui seront développées plus bas, on signalera aux plus circonspects que malgré sa surmédiatisation, la Colombienne distille régulièrement des clins d’œil rock dans ses albums.
Comme le premier single qui m’a plu d’elle, "Objection Tango", rencontre improbable et tubesque d’Astor Piazolla et des B52′s, ou son inattendue reprise du "Islands" de mes chouchous The XX, sur son récent album qui invite en plus le plus très underground mais quand même bien loca Dizzee Rascal.
D’autres surprises attendent l’amateur de rock perdu dans cette immense enceinte de 10000 personnes qu’est le flambant neuf Zenith Arena.
Celle d’entendre, après avoir attendu dans un froid glacial pour pouvoir être aux premiers rangs, des groupes probablement inconnus des plus jeunes fans de la star.
Lcd Soundsystem, Cure, Clash, Yeah Yeah Yeahs, Lykke Li…pas vraiment ce qui tourne en boucle sur la detestable NRJ.

Le décalage est saisissant avec l’arrivée d’un animateur particulièrement lourd venu vaguement chauffer la salle mais surtout faire sa promo.
Cette manie de s’approprier à ce point ce concert est exaspérante et contre productive, qui a envie d’écouter ces blaireaux après une telle overdose publicitaire ?
En plus de pancartes et t-shirts avec logo bien en évidence, le pompom est atteint avec le message qui accompagnait les cœurs distribués à l’entrée pour faire une surprise à la chanteuse lors du dégoulinant décalque du "Eternal flame" des Bangles, "Underneath your clothes".
Et que dire du "dj" venu nous les briser pendant une demi heure, un certain Morgan Nagoya ?
Mix tech house pouet pouet à la limite du tolérable dans ses selections (même si ça fait toujours sourire de chantonner les "ouh ouh" débiles du "Barbra Streisand" de Duck Sauce) et pathétique au niveau technique.
Et puis ces gesticulations neuneu pour se faire mousser, c’était totalement vain.
Un peu agacé à ce stade de la soirée, et de plus en plus impatient de voir arriver la star, on assiste un peu médusé dans la fosse à des disputes et railleries de gens qui ne doivent pas avoir l’habitude quitter leur canapé.
Dans les gradins l’ambiance semblait un peu timorée tout au long de la soirée, ce n’était pas froid mais je m’attendais à un peu plus d’ambiance en général et pas seulement sur les gros tubes.
Ces bémols mis à part, le spectacle était de qualité.
Entrée de scène surprise non pas via la scène mais du coté droit du public, dont les plus émues s’évanouissent au pire moment.
Tout de rose vêtue, elle fend la foule avec grâce et entonne quelques titres en espagnol, langue où sa voix est assurément plus agréable.
Son premier succès international, "Whenever wherever" arrive peu de temps après dans une version plus rock que sur disque.
Le break est l’occasion pour son guitariste foufou d’entonner un riff qui m’est familier, lorsqu’elle entonne le refrain plus de doute, elle aussi a dansé plus jeune sur le "Unbelievable" d’EMF !
Tout aussi incroyable pour quelques chanceuses, elle invite quelque unes de ses admiratrices aux gabarits divers à monter sur scène (essayer de) danser comme elle.
Le show est bien lancé, la suite qui vient est nettement moins tape à l’œil mais musicalement plus enthousiasmante.Une série de chansons jouées unplugged en trio, avec au moins deux moments clé.
Le flamenco "Gipsy", débarrassé de ses arrangements FM est une bien ballade, suivie ou précédée je ne sais plus par une version à la mandoline du "Nothing Else Matters" de Metallica.
La suite est plus enlevée et c’est l’occasion d’encore plus être bluffé par ses impressionnants déhanchés.
C’est commun de le dire, mais là où ses consœurs du gratin de la pop mondiale se contentent d’être jolies et vocaliser à outrance, Shakira a l’arme fatale pour convaincre les plus difficiles, ses hanches ne mentent pas.

Son corps élastique qui fait tant rêver les mâles et déprimer ses suiveuses, elle s’en sert comme au même titre que sa voix comme un instrument indissociable du reste.
Comme si le reggaeton de "La Tortura" n’était pas assez moite, il devient carrément torride avec ces contorsions.
Mouvements qui confirment en live que le clip, qui m’avait laissé à l’époque bouche bée répéter inlassablement "Mais comment fait elle ?", n’était pas truqué.

Les tubes "Hips don’t lie", "Loca" ou le discoide et sous estimé "She wolf" (repris par ailleurs et non sans hasard par Hot Chip) sont autant d’occasions de remuer du bassin avec elle.
En se disant, résigné, qu’il y avait énormément de boulot pour espérer l’égaler.
Du coup ses choristes qui dansent avec elles, malgré leur agilité, sont plus des faire valoir.
Ses musiciens nous régalent bien, le batteur et le percussionniste sont bien dans le tempo, pas grand chose à redire, c’est carré.
La superbe violoniste apporte un peu de mysticisme en intro de l’orientalisant "Ojos Asis", terminée dans une danse du ventre aussi troublante que le final de "La graine et le mulet".
Il y a un passage un peu plus électronique qui donnera lieu à un décorum et des effets spéciaux saisissants.
Les plus classiques "Ciega sordomuda" et "Inevitable" que je connaissais peu me confortent dans ma préférence de son répertoire en espagnol.
C’est toutefois avec le tube de cet été (trop entendu mais toujours plus digeste que "Mignon mignon") "Waka waka" qu’elle est la plus ovationnée par le public, accompagnée de jeunes fans qui avaient, moyennant une place VIP à prix exorbitant, eu la chance de la voir de très près.
Pour résumer, mis à part quelques bémols, Shakira en live, c’est du grand spectacle, des tubes à foison, peu de temps mort, et selon le degré de fanitude, de sacré frissons.
Je ne sais pas ce que valent les shows des autres stars du moment, mais au regard de cette prestation impressionnante pour le néophyte que j’étais, le triomphe international de la bomba latina est tout sauf immérité.
Arcade Fire + Fucked Up
L’annonce cet été du passage d’Arcade Fire au Dome m’avait autant réjoui que surpris.
Réjoui, parce que même si je ne suis pas fanatique de leurs trois albums (tous trois bourrés d’excellentes chansons mais que je ne suis jamais d’humeur à écouter en entier) je m’en suis longtemps voulu de les avoir ratés à Nimes en 2007.
Et que pour la première fois depuis des années, j’allais partager ce moment avec un peu plus d’amis et de connaissances sans avoir à les harceler ("mais si tu va voir c’est génial en live", "oh ça va c’est même pas le prix d’un restau", et le fameux "veille de jour férié !").
On critique souvent le Dôme à raison pour son acoustique dégueulasse mais s’il y a bien quelque chose à déplorer, c’est qu’on ait si peu l’occasion d’y voir des groupes de rock récents.
J’ai eu la chance, en 1997, d’avoir ma première grande claque musicale avec Radiohead pour la modique somme de 127 Francs, soit pour les plus jeunes moins de 20 euros.
Et à la même époque, on pouvait aussi y voir Portishead, Sonic Youth et Beck, Foo Fighters, pourquoi cela a tant changé depuis ?
Malgré toutes les explications des gens du milieu, je n’ai toujours pas compris que la plus grande salle de la 2eme ville de France se soit depuis autant renfermé dans la nostalgie.
En dix ans, les rares groupes que j’ai vu (R.E.M.) ou envie de voir (Cure, Depeche Mode, Massive Attack, Oasis…) sont en fin de carrière, fatalement moins inspirés et spontanés qu’à leurs débuts.
En matière de rock suffisamment connu comme ce soir pour attirer 4000 personnes, il y a de quoi se navrer que les tourneurs privent systématiquement notre ville de groupes récents, que ce soit ceux que j’aime bien (White Stripes, Strokes, Franz Ferdinand, Gossip…) ou pas (Coldplay, Killers, Kings Of Leon…).
Absolument rien contre la supprématie logique de la variété, je me régale d’ailleurs des chroniques souvent hilarantes de Gandalf sur les stars du genre.
Autant pour les groupes underground et émergeant, les petites salles font ce qu’elles peuvent pour nous procurer de bons moments chaque semaine, autant pour les groupes audibles plus connus nous sommes totalement à la ramasse comparé à des villes plus petites.
C’est donc rassurant et satisfaisant que le concert de ce soir vient un peu contrecarrer cette situation absurde.
Gros zob de démenti aux tourneurs trouillards : Arcade Fire, qui a très bonne presse mais passent ni sur les grandes radios ni à la tv, fait le plein à Marseille.
La première partie témoigne d’un culot et humour très particulier de la part de nos Canadiens.
Embarquer un groupe aussi bruyant et repoussant que Fucked Up dans leur tournée Européenne, c’est plus qu’incongru.
Des guitares déchiquetées lorgnant vers le punk hardcore, un frontman obèse torse poil beuglant et fendant les premiers rangs, le décalage est total.
Musicalement je dois confesser ne pas avoir détesté mais difficile venant d’un background pop d’apprécier ces cris incessants et assourdissants.
Pas autant ri, et c’est le bon coté de la chose, depuis un concert de Slipknot où j’avais atterri par hasard dans un festival.
L’attente fébrile et l’ambiance de communion s’installe progressivement au son d’excellentes sélections, de Smog aux regrettés Sparklehorse.
Et lorsque la troupe vient tout sourire partager ses morceaux phares, principalement issus du premier et du troisième disque, on comprend sans peine le pourquoi du succès.
Et on se fout complètement de savoir s’ils sont le meilleur groupe du monde ou je ne sais quoi, c’est juste inespéré et enthousiasmant de les voir à 15 minutes de chez soi.
Ce n’est pas le concert qui m’a le plus troublé (Jessie Evans puis Raveonettes) ou fait danser (Glass Candy puis Chk Chk Chk) cette année mais j’ai quand même pris un pied pas possible à les voir.
La grande force d’Arcade Fire sur scène, c’est cette euphorie qui se dégage de chaque morceau, y compris les plus déprimants (formidable "Intervention").
Ces gens là semblent tout simplement heureux de rendre heureux, si tout semble millimétré, ça n’en est pas moins saisissant de générosité.
On ne compte pas les moments touchés par la grâce ce soir :
- l’intro tambour battant des "Ready to start"/"Month of May"/"Laika"
- l’enchaînement aérien des titres chantés par Regine "Haiti" et l’étrange "Sprawl II"
- le final époustouflant "We Used To Wait"/"Power Out"/"Rebellion" (dont les "ouuh ouhh" fredonnés par le public remplaçait les habituels "une autre" du rappel).
Ou encore cette belle version de "The Suburbs" terminée par un Win susurrant dans un recueillement assez magique.
D’autres plus familiers avec le groupe, les fans, les vrais, vous en parleront plus en détails et avec les dithyrambes qui s’imposent d’elles mêmes mais pour ma part, j’ai adoré.
Plein de photos et avis divers ICI et LA
Photo: Solène Lanza
Vidéo : Benjamin Barlatier
Emission du 24 Novembre 2010
QUADRON "Simili Life"
FLIGHT FACILITIES "Crave You" (ft. Giselle)
DISCODEINE "Synchronize" (ft Jarvis Cocker)
CHICKEN LIPS "She Fish"
YOUNG MONTANA "Sacré Cool"
BULLION "Too right"
MR OIZO & GASPARD AUGE "Rubber"
BRYAN FERRY "You Can Dance" (Padded Cell Remix)
MIKADO "D’accord D’accord" (Plaisir De France Remix)
MICHEL SARDOU "Afrique adieu" (Mickey-re-view)
PATRICK WOLF "Time Of My Life" (Still Going Remix)
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Del Tha Funky Homosapien, Tha Trickaz, DJ Cam
Cabaret Aléatoire, 20 Novembre 2010.
Une soirée hip hop pour changer, ça faisait un bail.
Si le genre peine à retrouver un nouveau souffle sur disque ces dernières années, il donne heureusement encore l’occasion de bons concerts.
Ce soir le Cabaret reçoit Del Tha Funky Homosapien, un rappeur culte dont le premier album solo remonte à 1991 mais que je n’ai pour ma part découvert qu’en 2000 avec Deltron 3030, album au concept futuriste qui est depuis devenu une référence.
Le Californien va se faire attendre une bonne demie heure où son acolyte Bukue One va un peu peiner à chauffer l’assistance.
S’il sera convaincant en doublure par la suite, sa prestation est un peu poussive et tient parfois un peu du stand up.
Et le fait qu’elle s’étire en longueur sème un peu le doute, et si Del nous avait posé un vilain lapin ?
Crainte infondée avec un set maousse costaud qui ravit les backpapers des premiers rangs dès les premières mesures du pernicieux "Virus".
Titre toujours aussi dingue 10 ans après sa sortie, avec son refrain tueur "Je veux créer un virus qui va broyer vos ordinateurs et vous renvoyer à l’age du papyrus".
Il y aura plus tard un autre morceau de Deltron 3030, "Mastermind", le reste sera issu de ses autres albums solo ou avec les Hyeroglyphics que je connais moins.
Flow et présence scenique au top, beaucoup d’energie et peu de blabla entre les morceaux, ce qui excuse la courte durée du show.
Le DJ Zac Hendrix s’avère bon voire très bon lors d’un long échange entre les deux mc’s où plein de classiques rap et reggae s’enchaînent à chaque rime, un moment impressionant.
Le concert se finit avec le "Clint Eastwood" de Gorillaz qui avait fait connaître la voix de Del à la terre entière.
Pas sûr que la gloire planétaire attend le duo qui suit, mais Tha Trickaz m’ont également fait bonne impression, dans un genre très différent, beaucoup plus électronique.
Leur truc à eux c’est le dubstep brutal et criard, bourré de samples et mélangé à des beats faits en live et scratchs plus classiquement hip hop.
Du gros son qui plait davantage au public venu ce soir, avec deux dj masqués qui s’en donnent à coeur joie pour faire exploser les barrières entre les genres.
La recette devient un peu repetitive sur la fin mais c’est une très bonne surprise.
De surprises, DJ Cam n’en réservera aucune dans son dj set qui clôt pourtant à merveille cette soirée.
Déjà il y a la joie de voir pour la première fois un pionnier de l’abstract hip hop dont les premiers albums ont beaucoup compté dans mon apprentissage musical.
Entendre en introduction son single "Dieu reconnaitra les siens" m’a même filé quelques frissons.
Ensuite parce qu’à part quelques rares incursions dans les 80′s (Incredible Bongo Band, Run DMC) ou 2000′s (M.I.A., Max Sedgley), sa sélection est une vraie déclaration d’amour aux années 90.
Celles des KRS One, Tribe Called Quest, CL Smooth & Pete Rock, Spinna qu’il mixe avec fluidité, et se permet des enchaînements évidents ("Da Funk" + "Organ Donor", ce genre) mais toujours pertinents.
Le set est extrêmement bien construit, sans temps mort, agrémentée de scratchs élégants, une vraie leçon de classe que les plus noctambules auront ovationné à sa juste valeur.
Emission du 17 Novembre 2010
ROBYN "Indestructible"
AEROPLANE "Without Lies" (Black Van Remix)
SBTRKT "Look at stars" (ft Sampha)
JAMIE WOON "Night Air"
MUSEUM OF BELLAS ARTES "Days ahead"
KORALLREVEN "Honey Mine" (ft Victoria Bergsman)
BEAR IN HEAVEN "You Do You" (Studio Remix)
DARKSTAR "Gold"
FANTASTIC MR FOX "Evelyn"
GUIDO "Beautiful Complication"
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Chk Chk Chk + Quadricolor + Splash Macadam
Cabaret Aléatoire, 13 Novembre 2010.
Ils ne sont pas nombreux les groupes internationaux à m’avoir motivé de faire du chemin plus ou moins long (Belfort en 2004, Cannes en 2006) et à succiter chez moi la même attente et excitation pour la quatrième fois.
Avant de tenter d’expliquer avec un minimum d’objectivité pourquoi cette deuxième date Marseillaise de Chk Chk Chk m’a une nouvelle fois ravi, quelques mots sur les groupes qui ouvraient la soirée.
Soirée qui commence moyennement, comme souvent la salle tarde à se remplir et je n’ai pas du tout aimé Splash Macadam.
Un trio power pop aux accents parfois punk ou grunge qui semble avoir ses amateurs mais dont la voix et le son en général m’ont bien ennuyé pour rester poli.
Quadricolor m’ont un peu plus emballé, ce qui n’était pas gagné d’avance avec leur look jeans slim/frange et leur nom de scène qui renvoie inévitablement à une séquence suréaliste et hilarante de feu-Popstars.
Mais ces jeunes Niçois semblent promis à un avenir un peu plus radieux que les Whatfor, pas encore écouté leur disque mais le concert était prometteur.
Si on peut emettre quelques reserves sur les voix, leur pop est assez ambitieuse, teintée de new wave, de post punk.
Des influences bien digérées qui font autant penser au Weezer première époque qu’à Vampire Weekend, avec des morceaux aux structures bien alambiquées mais qui retombent toujours sur leurs pattes.
Leur reprise du "Stylo" de Gorillaz était aussi inattendue que réussie.
23 heures 30, le cabaret est desormais bien rempli, et prêt à danser une bonne heure avec un groupe qui avait déjà fait trembler ces mêmes murs en 2007.
Il y a eu du remaniement depuis : décès tragique du batteur Jerry Fuchs, départ regrettable de l’autre batteur et chanteur John Pugh (surnommé communément "le barbu") et arrivée d’une chanteuse.
La féline Shannon Funchess au look très Queen Latifah et au beret très Flavor Flav, pour une touche soul des plus appréciables.
La bande emmenée par l’insaissable Nic Offer commence tranquillement (enfin avec !!! c’est un calme tout relatif) avec plusieurs titres de leur récent "Strange Weather Isn’t It".
Un album plus long en bouche mais moins spectaculaire que les précédents, que d’aucuns trouvent formaté ou prévisible.
Jugement un peu hatif que je partageais jusqu’à ce soir parce que même si c’est un peu moins le foutoir qu’avant, la musique de Chk Chk Chk reste aussi atypique et explosive en live.
Et c’est autant une fête des sens sur scène que dans les premiers rangs que rejoint très régulièrement le chanteur, dans une ambiance survoltée.
Dont on fout complètement de la justesse tant il transgresse ses limites vocales par une énergie communicative, danseur epileptique qui vit à 200% ce punk funk jubilatoire.
On ne s’embarasse pas ici de mélodies ou d’experimentations chichiteuses, chaque instrumentiste de cette furieuse section rythmique est avant tout obsédé par le vacarme, la boucle qui tue.
Du groove brut de décoffrage qui envoie dès le départ mais décolle particulièrement à partir de l’enchainement "The Hammer"/"Must be the moon" suivi peu de temps après par leur indépassable "Me and Giuliani down by the schoolyard".
Petit regret, le concert etant principalement axé sur le nouvel LP, l’impasse est faite sur quelques tubes comme "Pardon my freedom".
On a quand même plaisir à danser sur un "Heart of Hearts" dont la sensualité justifie à elle seule la présence somme toute discrète de Shannon, et au rappel une version cataclysmique du classique "Intensify".
Contrairement à quelques fines bouches croisées à la sortie, je ne pourrais dire si ce concert là était meilleur ou moins bon que les précédents, de part le choix des titres joués il était assez différent, plus laid back par moments.
Mais comme dit en début de chronique, il m’est impossible d’être tout à fait objectif avec !!! pour ce qu’ils incarnent, produisent et procurent comme plaisirs auditifs et visuels chez moi.
Une seule chose de certaine, la prochaine fois qu’ils passent dans le coin, je reviendrai transpirer comme beaucoup d’autres et prendre ma claque claque claque.
The Hundred In The Hands + Adam Kesher
Poste à Galène, 10 Novembre 2010.
Pour motiver des amis peu enclins à sortir en semaine, un pote dj mettait en avant de manière aussi amusante que vaine le fait que sa soirée tombait une veille de jour ferié.
Ce mercredi ce sont quelques unes de mes salles préférées qui ont l’air de s’être toutes passées le mot, et si on proposait une affiche rock indé alléchante tous le même soir, veille de jour férié ?
Choix inhabituellement cornélien entre des groupes que j’aime bien, au détriment des Zombie Zombie (à seconde nature) et Broken Social Scene (cabaret aleatoire), ce sera pour ma part prime à la jeunesse avec The Hundred In The Hands au Poste à Galène.
Duo New Yorkais apparu l’an dernier avec "Dressed in Dresden", petite bombinette disco punk déjà familière suivie d’un EP moyen et d’un album plus réussi dont la production de l’idole perso Richard X suscitait une certaine curiosité.
Toujours pas compris, par contre, ce qu’ils faisaient sur le label Warp, si ce n’est peut être une certaine ressemblance de la chanteuse longiligne Eleonore avec celle de Broadcast, avec qui elle partage un goût pour la frange et la posture statique.
Plaisants sur disque, tout aussi bons sur scène malgré une place importante aux samples pour les parties beats et lignes de basses, ça n’est pas gênant sur tous les morceaux mais un ou deux musiciens additionnels ne seraient pas de trop.
Le guitariste Jason m’a donné une impression de classe folle : des riffs tantôt acérés, shoegaze, carillonants, avec une maîtrise qui lui autorise des pas de danses élégants.
Il se charge également de lancer les samples et régler les amplis avec minutie pendant que sa comparse s’impose un peu plus à chaque chanson.
Elle semble assez timide et trop concentrée pour nous regarder au départ, ce qui ne manque pas de charme mais est un peu frustrant, mais au fil du concert la glace se brise progressivement et elle daignera même (très) furtivement s’approcher du premier rang.
Très belle voix aux accents gothiques mais pas trop, puissante et parfois sensuelle selon les titres, ne lui manque qu’un peu d’assurance pour affirmer son charisme et on pourrait tenir une nouvelle Siouxsie qui sait.
Les tubes de l’album sont là en tout cas et s’enchaînent sans temps mort, avec une mention spéciale pour "Commotion" et "Young aren’t young".
Pas de rappel, ce qui vu leur jeune répertoire et l’accueil timoré de l’assistance ne choque pas, et long changement de plateau qui nous laisse le temps de sympathiser avec eux au stand merchandising.
Setlist (merci Cedric) : 1) Inédit ? 2)Dressed in Dresden 3) Last city 4) Sleepwalkers 5) Pigeons 6) Ghosts 7) Building in love 8 ) Young Aren’t Young 9) Commotion
A l’annonce de cette soirée il y a encore quelques semaines, je ne connaissais le deuxième groupe ni d’Eve ni d’Adam (Kesher).
Des Bordelais qui en sont déjà à leur deuxième long format, le remuant "Challenging Nature" dont sont tirés la plupart des morceaux joués ce soir.
Une musique bien dans l’air du temps, réponse assez crédible aux cousins anglo-saxons du même genre, Klaxons, Late Of The Pier, voire Passion Pit, la voix de René La Taupe en moins.
Le chanteur mouille la chemise (enfin là en l’occurrence un t-shirt Black Flag) et son gang n’est pas en reste, la dynamique qui manquait parfois au groupe précédent, euh l’ont indéniablement.
Batteur metronomique, bassiste bondissant, synthé un peu cheap, et moult percussions ou machines à clap clap, la panoplie parfaite du groupe de rock-qui-fait-danser.
On passe un agréable moment mais pas totalement convaincant, les titres claquent bien dans l’ensemble mais ne se valent pas tous et l’accent frenchy finit un peu par lasser sur la durée.
Le groupe, dont c’était le premier passage dans le sud est, revient faire un rappel un peu machinalement, peut être un peu déçu du peu de monde.
L’intention y était et l’on a quand même bien tapé du pied, à défaut de totalement le prendre.
Avec leur gros son et leur énergie qui compensent leur manque (provisoire on l’espère) de chansons marquantes tout laisse à penser que Adam Kesher est une formation davantage encline à enflammer une scène de festival d’été qu’une salle clairsemée, fut-ce t’il une veille de jour férié.
Emission du 10 Novembre 2010
OH! TIGER MOUNTAIN "Like Lee"
THE STRANGE BOYS "Be Brave"
ANDROMAKERS "Dancing"
!!! "Jamie, My Intentions Are Bass"
PONEY EXPRESS "Tu me tues"
MIKADO "D’accord D’accord" (Plaisir De France Remix)
THE MAD ANONYMOUS "Good Times" (ft Shootingstars)
DISSONANT NATION "We play, We are" (Nasser remix)
LENNY KRAVITZ "Breathe" (Chromeo Remix)
MIAMI HORROR "I Look To You" (Ft Kimbra)
KIMBRA "Settle down"
QUADRON "Average Fruit"
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Emission du 3 Novembre 2010
CRYSTAL CASTLES "Not In Love" (ft. Robert Smith)
SHAKIRA "Islands"
THE XX "VCR" (Four Tet Remix)
BELLERUCHE "Clockwatching"
DVA ft FATIMA "Just Vybe" (Soule:Power Mix)
FAITHLESS "Feel Me" (Penguin Prison Remix)
KIMBRA "Settle Down" (Penguin Prison Remix)
MADDSLINKY ft OMAR "Special"
SBTRKT "Hide Or Seek"
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Seu Jorge

Espace Julien, 2 Novembre 2010
Les concerts de qualité se suivent mais ne se ressemblent pas à l’Espace Julien.
Si mardi dernier il était très facile de s’installer devant la belle Sophie Hunger, pour ce soir c’est une autre paire de manches, la file d’attente est aussi ridiculeusement longue du coté des avec billets et sans billets, au moins pas de jaloux.
Une bonne heure d’attente qui vous privera donc d’un compte rendu de la première partie assurée par Ze Mateo de Chinese Man.
Une salle pleine à craquer donc, métissée et aux accents délicieusement Lusophones, qui attend avec une impatience non feinte la star Brésilienne.
Ca faisait pas mal d’années que j’avais envie de voir Seu Jorge, ayant malheureusement raté son passage à la fiesta en 2004.
Pas prêt d’oublier la première fois que sa musique est arrivée à mes oreilles, dans une émission de l’enthousiaste Gilles Peterson, avec la première impression d’y entendre un inédit dépoussiéré de Jorge Ben ou Gilberto Gil.
Puis il y eut l’album du succès crossover "Cru" et son rôle non moins mémorable dans "La vie aquatique" de Wes Anderson où il rythmait les aventures de Bill Murray avec ses relectures acoustiques et en Portugais de classiques de Bowie.
Contrairement à ce qui était annoncé, le groupe qui l’accompagne n’est pas Almaz mais composé de musiciens de Nação Zumbi.
De bons faire valoir avec un batteur, un percussionniste, un bassiste et un guitariste qui ouvre le concert par un solo très Santanesque.
On a un peu peur d’un concert mou du genou en voyant arriver le bellâtre avec des yeux aussi vitreux qu’un Daddy G, mais ce sera dès le départ très remuant.
Avec des morceaux extraits de ses différents albums, dans des versions allant du funk rock à la bossa ou le reggae comme ce "Tive Razão" très dub, avec Rockin Squatt d’Assassin en invité surprise (un moment assez WTF mais après recherche, le rappeur l’a invité sur un de ses récents morceaux).
Seu Jorge, encore plus sur scène que sur disque, c’est une voix caverneuse assez incroyable, tour à tour puissante ou intimidante.
Si ses déhanchés nonchalants font la joie de ses admiratrices (deux d’entre elles auront le plaisir de monter sur scène se frotter à lui) quelques vocalises sussurées suffisent pour séduire à même les plus réfractaires.
Et c’est un des rares artistes dont les reprises sont aussi réussies que ses compositions.
"The Model" de Kraftwerk est plus dansant que la version de Senor Coconut, "Rock with you" ressusciterait Bambi, et il parvient à rendre miraculeusement le "Everybody loves the sunshine" de Roy Ayers encore plus lascif et sensuel que l’originale.
Si sa version paresseuse limite karaoké de "Mas que nada" et celle un rien banale de "Ziggy Stardust" déçoivent un peu, "Life on Mars" au rappel, seul avec sa guitare, c’est un des sommets du concert.
Le sombre titre qui suit, "Problema social", vient rappelle que le seul pays où la gauche a réussi, qui va recevoir les prochains JO et Mondial de Futebol, où les filles font rêver, la misère et la violence sont toujours là.
Mais à aucun moment le concert ne verse dans le pathos ou à l’inverse dans le cliché samba, Seu Jorge et ses musiciens, à l’instar d’une Seleçao insipirée, nous ont humblement et efficacement fait vibrer pendant 90 minutes d’excellence.

