Holden

Aussi disponibles et sympathiques que leur musique est ambitieuse et sophistiquée, entretien avec la chanteuse et le guitariste, avant leur concert à l’Espace Julien dans le cadre du festival Avec le temps.

Pouvez vous vous présentez brièvement à ceux et celles qui ne vous connaîtriez pas encore ?

Armelle : Mocke et moi avons monté ce groupe, on s’est mis à écrire des chansons il y a neuf ans et on a été signé assez rapidement sur feu le label Lithium et on a sorti peu après notre premier disque « L’arrière monde » puis les choses se sont un peu précipité, on a rencontré Pierre Jean (batteur), Ludo (clavier), Cristobal (bassiste) et c’est comme ça qu’Holden est né.
Plus tard on a sorti deux autres disques sur Le Village Vert, « Pedrolira » en 2002 et « Chevrotine » l’an dernier.

Qui écrit les chansons dans le groupe ?

Armelle : C’est un travail à quatre mains entre Mocke et moi, avant de rentrer en studio on se fait un petit laboratoire musical à la maison, on s’enferme, on écrit les chansons à deux, on a un espèce de système dynamisant et agréable où lui et moi écrivons une partie, et ensuite on les emmène en répetition et on travaille avec les autres musiciens, chacun amène sa patte pour en faire un morceau ‘Holden.’

Les paroles viennent en général avant la musique ou l’inverse ?

Mocke : c’est un peu les deux en même temps, mais en général on a une mélodie en tête et les textes viennent dans la foulée.

Ce qui impressionne dans vos disques, c’est cette façon de marier la langue française avec un format pop très anglo-saxon, es ce que ça a été un postulat dès le départ ?

Mocke : à la base on a pas une culture très chanson française, on apprécie bien sûr mais on a plus écouté de la musique anglo-saxonne, par contre on a avait vraiment envie de s’exprimer en français, de dire des choses dans notre langue.
Le projet est né de là, depuis des années on essaie de faire des choses qui nous plaisent, qui nous ressemble mais dont on ait pas honte (sourire).

Armelle : on est plus influencé par la pop que par la chanson dans le sens où essaie de bosser la voix comme un instrument à part plutôt que pour délivrer des chansons à messages.
Notre façon de travailler c’est un peu des chansons en français mais qui sonnent un peu comme si elles étaient en anglais.
Au départ quand on a commencé en Irlande où on a vécu quelque temps on écrivait en anglais puis quand on a découvert un disque « La fossette » on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire dans ce sens là, des morceaux qui font sonner le français autrement que comme Brassens ou Ferré, avec tout le respect qu’on leur doit, pas envie de faire une musique à papa.
Ce disque ovniesque et libre de Dominique A nous aussi décomplexé par rapport avec ça, et avec le recul je trouve qu’on a eu raison de continuer dans cette voie, c’est peut etre plus dur mais le français peut sonner différemment si on cherche un peu.

Mocke : Un grand a dit : « Qui cherche trouvera » (rires)

Avez-vous été tenté de chanter en espagnol vu votre popularité au Chili ?

Armelle : Oui et en même temps je pense qu’on a la côte là bas parce qu’on chante dans cette langue, pas sûr que Holden leur plaise autant en espagnol.
J’ai fait quelques reprises pour un projet là bas.
Cette relation avec le Chili c’est un gros coup de chance, à la sortie du premier album d’Holden, un couple qui avaient un label nous a découvert par hasard et cherchait à signer un groupe Français sur leur label.
A notre surprise ça a été un gros succès notamment avec le morceau « La machine » sur les radios étudiantes et on s’est mis à faire des tournées là bas, on s’est retrouvé à jouer dans des grandes salles, alors qu’en France on était vraiment confidentiel, c’est par ce biais qu’on a rencontré Uwe Schmidt qui habite à Salvador.

« Chevrotine » est votre troisième album, et le deuxième avec Uwe Schmidt (ndr : aussi connu pour son projet Senor Coconut), qu’est ce qui vous a donné envie de travailler à nouveau avec lui, qu’est ce qu’il vous apporte ?

Mocke : Ca a été une rencontre qui dépasse vraiment le cadre artiste / producteur, on s’est rendu compte lors de l’enregistrement du précédent disque qu’on avait énormément de choses en commun, il apporte toujours le petit truc en plus qui fait sonner nos chansons autrement.
On a collaboré avec d’autres artistes et à chaque fois on se disait qu’il était essentiel à notre son, du coup il sera également de la partie pour le quatrième album.

Entre deux albums vous multipliez les chansons avec d’autres, comme le superbe « A tort où à raison » avec Prudence.

Armelle : On adore collaborer avec des super musiciens, on a toujours des idées en friche.
J’ai chanté, en anglais cette fois, sur un projet expérimental Icalma, également avec le producteur électro Pier Bucci et puis Murat qui nous a invité sur son disque « Lilith » avant de chanter un morceau sur notre album, un personnage super attachant.

Quid du prochain album ?

Mocke : On a quelques morceaux de prêts, on devrait l’enregistrer assez rapidement.
Il sera assez différent dans sa conception, pour la première foison va rentrer en studio sans maquette au préalable, histoire de changer un peu notre façon d’arranger les morceaux, faire quelque chose de nouveau.

Des morceaux comme « Madrid » font un peu penser aux B.O. de Morricone, vous-même êtes cinéphiles ?

Mocke : Je suis plus bouquin mais je conçois que notre musique a des airs cinématiques, on aime bien que notre musique évoque des images, soit un peu onirique.

Armelle : Je suis très cinéphile. On est pas si loin dans notre façon de composer de la démarche d’un cinéaste, créer une ambiance, comme le fait Lynch par exemple, sans chercher à être compris à tout prix mais plutôt à se laisser emporter par les sons.
De toute façon à moins d’écrire un truc bateau il faut accepter que tes textes t’échappent, avec une écriture à tiroirs, à métaphores, autant y aller franchement.

Mocke : Les gens peuvent interpréter ce qu’ils veulent dans nos chansons, trouver leurs propre signification, c’est comme ça que je vois les choses, j’aime bien ne pas toujours tout comprendre.

Même si vos disques ne se ressemblent pas j’ai l’impression qu’il y a un fil conducteur, les thèmes de départ, de manque, de souvenirs reviennent régulièrement.
« Une fraction de seconde » qui m’avait bouleversé après une rupture trouve un écho dans « Sur le pavé », elles évoquent aussi les souvenirs de voyage, de « Tunis » à « Madrid » sur le dernier lp.

Armelle : On a tous nos obsessions, ça nous échappe à moitié à vrai dire.

Mocke : Je vois ce que tu veux dire, quelque part tu écris un peu toujours la même chose, l’art d’écrire c’est un peu de déguiser ou décliner la même formule à l’infini, c’est comme ça que je le ressens. Je me nourris de également mes lectures, des idées arrivent par la suite.

Chez Holden le visuel a son importance aussi, des dernières pochettes au très beau clip de « Ce que je suis ».

Armelle : On essaie de bosser avec des gens qu’on aime, c’est l’avantage d’être sur un label indépendant, on a peut être des budgets ridicule comparé à une major mais au moins on décide nous même de qui va s’occuper de l’image.
Joris de Prudence a réalisé notre denier clip, on aime beaucoup son travail.
Pour la pochette ce sont des amis graphistes super compétents à qui on a laissé entière liberté et qui ont apporté ce concept de balles qui allait bien avec « Chevrotine ».

Comment se passe cette tournée ?

Armelle : Super bien, on arrive à la fin, toute l’année dernière, on va repartir au Chili car le 3ème album sort bientôt la bas et en Argentine.
Et puis il y a eu cette apothéose à La Cigale en décembre, avec pas mal de monde sur scène avant Noël, comme Jp Nataf, Albin De La Simone, Bertrand Belin, c’était un peu égoiste au départ d’inviter nos amis mais toute le monde a pris du plaisir que ce soit sur scène ou dans le public.

Te sens tu proche de cette famille musicale ?

Armelle : Oui et non, certains ont été étonné de voir Vincent Delerm ou Jeanne Cherhal qui sont sur un label connoté chanson et à l’univers musical différent mais comme d’autres de cette scène là ce sont des gens qui nous aiment et nous l’ont fait savoir à la sortie du dernier album, on a eu envie de les connaître, quel lien ils pouvaient faire entre notre musique et la leur et ce sont des gens vraiment bien.

Comparé à eux Holden a une place un peu discrète, en dix ans de carrière vous n’êtes pas énormément médiatisés.

Armelle : je trouve notre position pas si naze, l’impression d’un progression permanente, aussi bien dans la presse que dans le public, on a lentement fait notre trou petit à petit.
On est plus inébranlables que d’autres groupes qui font les couvertures des magazines comme les Plasticines qui vont peut être durer mais qui risquent de disparaître du jour au lendemain.
Ca a été long pour nous mais ça dure, quand on rencontre des gens qui nous suivent depuis longtemps, les réactions sont variées et très agréables, on a réussi à avoir notre son et ça nous sert plus qu’autre chose, sans qu’on nous classe dans tel ou tel rayon.
Avec Myspace en plus on découvre qu’on a des fans un peu partout dans le monde.

Sur scène vous faites des reprises comme « Spanish bombs » des Clash

Armelle : Oui on s’amuse bien, sur la réédition de « Chevrotine » on reprend « The boy with the thorn in his side » des Smiths, et sur cette tournée on joue du Johnny Thunders (guitariste des New York Dolls), Wenda Jackson ou du Sun Ra (ndr : grand jazzman cosmique), on a toujours une ou deux reprises sous le coude.

Le mot de la fin pour vos auditeurs marseillais ?

Mocke : On est super content de jouer ici, c’est super populaire, il y a la mer…

Armelle : chaque fois je passe ici en coup de vent, et on a pas pu jouer pour le précédent album donc ça fait très plaisir.

Merci à Nicolas et à Mystic Punk Pinguin

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