Quadron, L’interview

Sorti fin 2009 au Danemark, distribué au compte goutte chez nous fin 2010, le premier album éponyme de Quadron aura été le disque le plus diffusé dans l’émission l’an dernier mais n’a pas encore fait de vagues ailleurs que sur certains blogs francophones sous le charme, malgré quelques passages sur Nova et Inter.

La soul a beau avoir le vent en poupe pour le meilleur et le pire, sans grosse promo ni distribution digne de ce nom, ce duo Scandinave est pour l’instant un secret bien gardé, trop bien gardé.

N’attendez pas qu’un de leurs tubes illustre une pub tv, c’est un premier disque remarquable du début à la fin, doux mais pas mièvre, sophistiqué mais accessible, à la fois vintage et moderne, avec une chanteuse formidable et un producteur extrêmement inventif et doué.

De coup de coeur immédiat il s’est invité au fil des écoutes dans le cercle restreint de mes disques de chevet, de ceux que l’on redécouvre à chaque lecture, qui procurent un plaisir sans cesse renouvelé.
En attendant une tournée qui passera peut être par la France et un second disque déjà bien avancé, Coco et Robin Hannibal ont eu la gentillesse de répondre à quelques questions.

Sami : J’ai découvert votre musique avec le EP de Parallel Dance Ensemble, puis avec Boom Clap Bachelors, pas évident de s’y retrouver, dans combien de formations vous êtes impliqués ?

Robin : Quadron est notre seul groupe en commun.
Boom clap bachelors est un collectif de producteurs dans lequel chante Coco.
Parralel Dance Ensemble est un duo au sein duquel je collabore avec une rappeuse Néo Zélandaise, qui s’appelle, coincidence, Coco Solid, on sort notre prochain maxi au printemps sur le label Permanent Vacation.
J’ai aussi un projet solo plus pour m’amuser, Bobby, et je produis pour d’autres comme leon ware, milosh, andy bey, szjerdene, tandis que Coco chante avec d’autres producteurs comme clubhouse, melo x, chlngr.

Vous vous connaissez depuis combien de temps ?

Depuis 7 ou 8 ans.

Es-ce qu’il existe une scène underground au Danemark ou la musique que vous faites est largement diffusée ?

Non, on doit être une vingtaine d’artistes à Copenhague à faire partie de ce courant, il n’y a pas vraiment de grosse scène musicale Danoise.

Je suis bien incapable de coller une etiquette à l’album de Quadron, comment tu le définirais en quelques mots ?

On va dire « Electronic emo soul »

Quelle musique aviez vous en tête quand vous avez écrit ce disque ?

Pas mal d’influences 60’s sur Slippin et Pressure, je suis fou des productions de Phil Spector et de la pop bubblegum de cette époque.
Coco, elle est très inspirée par Sade.

Le disque est très mélancolique mais jamais déprimant, dans quel état d’esprit les chansons ont été écrites ?

On s’est fixé une règle d’or, c’était de jouer sur les contrastes.
« Pressure » a l’air joyeuse même si elle parle de rivalités familiales.
Les paroles peuvent être tristes mais toujours contrebalancées par des mélodies lumineuses.

Qu’est ce qui les a inspirées ?

J’écoutais pas mal de Phil Spector donc, mais aussi du Charles Stepney, des B.O de Morricone, des musiques qui transportent.
Sur chaque morceau, on essaie d’atteindre le même niveau d’émotions que celles là, et retranscrire les notres.
Je me suis aussi servi de productions que j’avais commencé avec d’autres projets mais qui allaient plus avec l’esthétique de Quadron.

Coco, ce qui me charme le plus dans ta façon de chanter, c’est ce coté confident, comme si tu t’adressais directement à l’oreille, pour qu’on t’écoute plus qu’on ne t’entende, en es tu consciente ?

J’essaie avant toute chose d’être la plus honnête possible, à faire le vide complet autour de moi, uniquement concentrée dans ce que je chante.
Dans Quadron comme dans la vie je suis totalement à fleur de peau, et je pense que quand tu aimes ce que tu fais, si tu veux être aimé et pris au serieux par ceux qui t’écoutent, il n’y a que l’honnêteté qui compte.

Le traitement de la voix m’a impressioné, ça sonne autant live que studio, tu peux nous en dire plus sur ta façon d’enregistrer ?

On a un genre de terrain de jeux avec deux studios ouverts et boisés où tout (instruments et voix) est enregistré avec des micros Peluso ou Neumann selon qu’on soit à Copenhague ou Los Angeles.
On utilise pas mal de reverb, mais ça sonne différament vu qu’on enregistre pas en cabine, on essaie d’avoir le son le plus intime possible, dans une ambiance relax, juste tous les deux, sans musiciens.

Autre chose qui me bluffe à chaque écoute, c’est cette façon de mélanger sons synthétiques avec des instruments plus organiques, quels sont ceux que vous utilisez pour ce disque ?

Ravi que tu soulignes ça.
On a essayé de fusionner les époques et les styles de soul qu’on aime pour en faire notre son, qui en perpetuelle évolution.
On experimente, on mélange tout ce qu’on aime, on essaie de s’éloigner des conventions et faire du neuf mais jamais au détriment des chansons.
C’est pas mal de se tourner vers la musique du bon vieux temps mais on essaie de repousser plus loin les limites du genre, qui doit sans cesse se renouveller à mon sens.

Il y a pas mal de détails dans cet album qu’on ne découvre vraiment qu’au fil des écoutes, vous avez mis combien de temps à le produire ? Les morceaux sont ils loin des démos originelles ?

Un an et demi, mais certains titres datent d’il y a plusieurs années.
On travaille par cycle, parfois on laisse de coté des morceaux et on les retravaille bien après, et parfois elles sonnent plus proches de la démo qu’on s’y attendait, mais on a toujours besoin d’ un certain recul pour évaluer si la chanson est finie ou pas.

Avez vous commencé à travailler sur le prochain disque ?

Oui nous avons quelques morceaux en préparation.

Vous avez tourné avec plusieurs artistes soul et hip hop comme Mos Def ou Bilal, quel a été l’accueil du public aux USA ? Prévoyez vous de collaborer avec certains de ces artistes ?

L’accueil a été très bon, le public Américain est très ouvert à notre musique, on s’est senti chez nous.
Il y aura deux featurings sur le prochain album, et peut être d’autres collaborations.

On joue votre album depuis Mars et il est sorti ici en Novembre.
Es-ce que vous connaissez la France, la musique Française ?

Je ne sais pas pour Coco mais moi je suis venu deux fois à Paris et j’ai adoré.
Pour ce qui est de la musique on aime Tellier, Air, Daft Punk, Justice, Gainsbourg, Michel Legrand

Vous comptez jouer en France cette année ?

On va tout faire pour !

L’émission s’appelle « Hot Fidélité » comme le bouquin de Nick Hornby, alors j’aimerai avoir vos tops 5.

Coco : ça m’est vraiment impossible, ça dépend de mon humeur, du temps qu’il fait, de ce que je fais en même temps, j’ai tellement de disques préférés que je suis incapable de te faire une liste de seulement 5, mais j’y travaillerai pour la prochaine interview.

Robin: alors moi ce sera mes 5 chansons préférées de Leon Ware :

1. wanna be where you are (michael jackson, leon ware, marvin gaye)
2. i want you (marvin gaye)
3. inside my love (minnie ripperton)
4. estrelar (marcos valle)
5. rocking you eternally (leon ware)

Merci d’avoir répondu à cette interview et bonne continuation pour 2011.

Merci à toi, et bonne année aussi.

http://www.myspace.com/quadronquadron

Marsatac 2010, L’interview

En attendant l’émission spéciale qui sera diffusée Mercredi 22, quelques questions au programmateur, Dro Kilidjian.

Sami :  Bon déjà à quelques jours de cette 12eme édition, la question habituelle, comment ça va ?

Dro : Bien, très bien merci. J’ai encore un demi sourire, je dors plutôt pas mal, je m’alimente normalement… Je crois qu’on peut dire que ça va. Et puis la perspective de cette 12ème édition me mets en joie. Je crois que nous allons vivre un très bel événement.

– Petit retour en 2009 : on avait eu de belles surprises (General Elektriks, Étienne de Crecy, Buraka Som Sistema, Andromakers…) mais aussi quelques déceptions (Raekwon, Art Brut), et de nombreuses critiques sur le son en général, quel bilan personnel as tu tiré de cette édition là ?

Nous avons eu de très bons concerts, ceux que tu cites bien sur mais aussi Beat Torrent, Speed Caravan, Success, Molecule, Delinquent Habits et j’en passe. Évidemment la prestation de Raekwon était décevante comme celles de quelques autres artistes mais c’est le lot de tous les festivals. Je te mets au défi de trouver un festival où tous les concerts seraient excellents. On parle d’art, d’humain, de musique… ce n’est pas une science exacte et c’est bien ça aussi qui nous intéresse aussi bien du côté des organisateurs que du public…

L’édition 2009 était une édition tout à fait honorable, peut-être pas la plus éclatante que nous ayons mis en place mais de très bonne tenue tout de même. Je vous rappelle aussi que le contexte dans lequel nous opérions l’an passé était très difficile et que les timings étaient très courts. Je ne reviendrai pas sur la question du son, différents paramètres ont pu être à l’origine de certaines difficultés sur certains concerts. Le son était, en effet, inégal selon les concerts, je te l’accorde. Nous faisons tout pour que les choses s’améliorent cette année.

– Quelques mois après il y eut les soirées « Winter By Marsatac » à l’Espace Julien, es-ce que cette version « indoor » est amenée à se réitérer cet hiver ?

Oui nous travaillons déjà à la deuxième édition du festival Winter. Ça se passera le week-end end du 11 et 12 février 2011 à L’Espace et au Café Julien. Nous espérons que ce second événement suivra la même courbe de croissance que le Marsatac qui lui aussi avait débuté à l’Espace Julien il y a 12 ans. J’espère que Winter accueillera plus de 20 000 spectateurs et des dizaines d’artistes en 2020. Pendant que Marsatac continuera son bonhomme de chemin…

– Après le J4 et le Dock Des Suds, comment le choix de la Friche de La Belle De Mai s’est-il imposé ? Combien de spectateurs vous espérez dans ce nouveau lieu ?

C’est la cinquième implantation différente en 12 ans. Le festival se déplace dans la ville, faut suivre… On peut dire que nous sommes rodés. Il a fallu se creuser la tête mais je ne parlerais pas de contraintes. Je dirais plutôt que ce nouveau lieu nous permet de programmer plus d’artistes et vous savez bien que rien ne fait plus plaisir à un programmateur que de pouvoir inviter plus d’artistes. Les 4 scènes de taille et de capacité très différentes nous permettent de faire des propositions artistiques que nous n’aurions probablement pas pu envisager sur les lieux que nous occupions précédemment. Par exemple, je suis absolument ravi de pouvoir programmer Fowatile (groupe lyonnais en découverte) sur la scène Seita (capacité 600) pendant que Talib Kweli (célébrité Hip Hop) jouera sur la scène Cartonnerie (capacité 4500).

Nous avons une capacité validée par les commissions de sécurité qui est de 9500 personnes par soir. Sachant que la soirée d’ouverture sera en capacité plus réduite puisque seulement 2 des 4 scènes seront en action ce soir là. Nous pensons atteindre une fréquentation de 21 à 25000 spectateurs sur les 3 jours.

– Pour m’y rendre régulièrement je n’aurais jamais imaginé voir un festival aussi important s’implanter à la Friche, vous avez du bien vous creuser la tête pour aménager le site ?

Il a fallu un peu jongler, mais je pense que nous sommes parvenus à un plan d’implantation assez efficace. Nous testons ce lieu dans cette configuration pour la première fois. Une fois de plus nous allons essayer les plâtres mais nous sommes très confiants.

Le lieu est raccord avec ce que nous faisons, il est urbain et post-industriel. Extrêmement central, il est occupé par des artistes, des collectifs et associations depuis plus de 25 ans, tu es bien placé pour le savoir. Ça nous a permis de réinventer une nouvelle fois l’événement et de programmer plus d’artistes sur plus de scènes. Évidemment, il y a un côté challenge, investir de nouveaux espaces à chaque fois, les maîtriser, les dompter, les rendre accueillants et fonctionnels. Il y a aussi l’effet de surprise pour le public, les artistes… Cela dit, cela occasionne des difficultés importantes. Notamment de ne pas pouvoir capitaliser et s’améliorer sur le même site d’année en année. Nous sommes à la Friche pour 2 ans au moins, nous allons apprivoiser les lieux avec l’expérience également.

La friche se présentera au public sous un jour nouveau à l’occasion du Marsatac. Je suis certain que le public sera très heureux de vivre cette nouvelle aventure avec nous.

– Qu’est ce qui est prévu pour les festivaliers au niveau transports, parkings ? Des navettes sont elles prévues ? Ou quand comment, dis nous tout.

Oui, en effet, c’est une question importante. Attention, il n’y a pas de parking accessible sur le site du festival ! Pour ceux qui ne peuvent pas se passer de leur voiture, Marsatac recommande de privilégier le co-voiturage, et de se garer dans les parkings du centre-ville. Pour les autres il y a des navettes gratuites qui circuleront à travers la ville à destination et au départ de la Friche la Belle de Mai.
Itinéraire :
Friche La Belle de Mai / Gare Saint-Charles / Vieux-Port / La Joliette / Gare Saint-Charles / Friche la Belle de Mai ( Les navettes pourront s’arrêter à tous les arrêts de bus existants sur le trajet).
Notez que les navettes passent par les parkings du centre-ville situés sur ce trajet (Saint-Charles, Gambetta, De Gaulle, Bourse, Phocéens, Jules Guesde)

Fréquence :
Tous les ¼ d’heure

Amplitudes horaires :
Jeudi 23 septembre de 19h00 à 02h00
Vendredi 24 septembre de 19h00 à 04h00
Samedi 25 septembre de 19h00 à 06h00

Les horaires des navettes, trams et métros, proches de la Friche la Belle de Mai, seront affichés à l’entrée du festival.
Attention : plus de navettes au-delà des horaires mentionnés ci-dessus. Soyez Ponctuels !

Il y a également des autocars désservant Aix. Des navettes CarTreize seront mises en place pour le retour des festivaliers sur la gare routière d’Aix-en-Provence.
Itinéraire :
Friche La Belle de Mai / Gare Routière d’Aix-en-Provence

Amplitudes horaires :
Vendredi 24 septembre : 03h00 / 04h00
Samedi 25 septembre : 03h00 / 04h00 / 05h00 / 06h00

• HORS DÉPARTEMENT :
Pour ceux qui résident dans les Alpes de Haute-Provence, les Hautes-Alpes, la société Alpes Art Festive propose un package billets + transports.
Pour plus d’informations, contactez le 06 14 94 89 06.

Il y a également un partenariat avec les TER, un garage à vélo gardienné et plein d’autres que vous pouvez retrouver sur www.marsatac.com

– Comme l’an dernier l’accent est mis sur le coté eco responsable, avec la « brigade verte » qui veille, peux tu nous en toucher deux mots ?

Nous allons privilégier les actions autour des transports des artistes et du public qui représentent 72% des émissions carbone de notre festival (Ce sont des chiffres issus du bilan carbone que nous avons réalisé l’an passé). Nous mettons donc en place toute une série de mesures pour amoindrir cette emprunte (Navettes RTM gratuites, partenariat TER SNCF, garage à vélo, co-voiturage etc …).

D’autres actions sont également mise en place, elles sont toutes commentées et expliquées sur le site du festival http://www.marsatac.com…

– Pour ce qui est de la programmation 2010, au niveau hip hop on a encore des valeurs sures avec APC, sage francis, talib kweli entre autres, des artistes difficiles à attraper ?

Oui c’est vrai, sur ces créneaux-là au moins tu ne pourras pas dire que je n’ai pas fait d’efforts . Je suis très content d’avoir réussi à proposer une belle affiche Hip Hop.

– Coté electro, avec erol alkan, aeroplane, mr oizo, j’ai l’impression que l’affiche est plus festive que certaines années, moins minimale que par le passé, tendance du moment ou changement de cap ?

Ni changement de cap, ni tendance du moment, juste le plaisir d’avoir ces artistes là. Je voulais que cette édition soit très festive, que le public sorte avec la banane et du coup mon choix c’est porté sur ces artistes. Chaque édition est différente, chaque édition a son ambiance propre. Cette année, le samedi en tout cas, ce sera festif… qui s’en plaindra ?

– Vu qu’on a eu la chance de voir Benga & Skream en 2008 et que le courant a explosé depuis, on peut s’étonner qu’il n’y ait pas plus de dubstep non ?

C’est vrai, je voulais inviter Kode9, Burial, Digital Mystikz, Loefah et bien d’autres mais malheureusement je ne suis pas parvenu à mes fins. J’espère que nous aurons l’occasion de programmer des artistes de ces courants là sur les prochaines éditions, peut-être pour Winter, à voir.

– Cette année, il y a peu de groupes susceptibles d’attirer les amateurs de rock (plus ou moins) indé comme divine comedy, deus ou notwist les autres années, ce courant t’inspire t’il moins ?

Mais non, c’est toujours une question de proposition, de disponibilité des artistes, de l’ambiance que l’on veut donner à une soirée, bref là encore je suis rien n’est figé. L’année prochaine il y aura surement des artistes plus rock et plein d’autres surprises…

– La bonne surprise de cette édition c’est qu’à part Le Peuple de l’herbe et Danton Eeprom, aucun groupe si je m’abuse n’est déjà venu à Marsatac, par contre pourquoi faire revenir Success déjà présent l’an dernier, qui sont en plus repassés au cabaret depuis ?

D’abord parce qu’ils sont formidables et que je les aime beaucoup. Ensuite parce qu’ils ont été la sensation de l’édition de l’an passé et que je leur avais promis, à leur descente de scène, de les faire jouer sur la scène principale cette année. J’ai tenu ma promesse. Il n’y a aucun précédent dans l’histoire de ce festival. C’est le premier groupe depuis 12 ans qui a droit à ce traitement. Jamais aucun groupe n’a joué deux années de suite… Si tu avais passé ne serait-ce qu’un quart d’heure avec Mr Eleganz tu saurais que son charme est irrésistible et qu’on ne peut rien lui refuser. Tous ceux qui les ont ratés l’an passé seront enchantés et ceux qui les ont découverts en 2009 seront, j’en suis certain, très heureux de les retrouver cette saison. Quant à leur passage au Cabaret Aléatoire durant l’hiver, il devait y avoir 94 personnes au max, je ne crois pas que ce soit très significatif. Leur set a encore évolué, je suis sûr de mon coup, c’est désormais une valeur sure.

C’est sympa de signaler que nous faisons en sorte de programmer des artistes toujours différents sur notre festival. Une exception n’est pas la règle.

– Bon je fais le chafouin mais il y a quand même mes idoles d’A Certain Ratio à l’affiche, es-ce qu’il y a d’autres groupes de cette époque mythique que tu as essayé ou que tu rêverais de programmer à l’avenir ?

Chafouin, ça veut bien dire sournois, déloyal, insinuant, dissimulé, fourbe, hypocrite, insidieux, perfide, c’est bien ça?

– Euh non un peu blasé dirons nous

Mon rêve serait de reformer le duo Brian Eno & David Byrne pour un live où ils joueraient leur album mythique « My Life In The Bush Of Ghosts » mais c’est encore autre chose. Sinon j’aimerais bien inviter New Order si j’en avais l’occasion. Ou Depeche Mode, pourquoi pas ?

– Il y a aussi beaucoup de groupes qu’on connait peu, je pense en particulier ceux sur la scène Seita, quels sont ceux à ne surtout pas rater selon toi, ceux dont tu attends le plus ?

Ghislain Poirier, Deadelus, D.V.D, Humantronic, Fowatile, Scratch Bandits Crew, Ezra et Los, Danton Eeprom, Blatta & Inesha… Je les attends tous avec autant d’impatience.

– Le mot de la fin pour les auditeurs de « hot fidélité » et les lecteurs de liveinmarseille.com ?

Venez faire la fête et voir de beaux concerts durant 3 jours à la Friche Belle De Mai. C’est un bon mot de la fin non ?

– On va pas se gêner ! Merci d’avoir répondu à ces questions.

Tout le plaisir fut pour moi.

Holden

Aussi disponibles et sympathiques que leur musique est ambitieuse et sophistiquée, entretien avec la chanteuse et le guitariste, avant leur concert à l’Espace Julien dans le cadre du festival Avec le temps.

Pouvez vous vous présentez brièvement à ceux et celles qui ne vous connaîtriez pas encore ?

Armelle : Mocke et moi avons monté ce groupe, on s’est mis à écrire des chansons il y a neuf ans et on a été signé assez rapidement sur feu le label Lithium et on a sorti peu après notre premier disque « L’arrière monde » puis les choses se sont un peu précipité, on a rencontré Pierre Jean (batteur), Ludo (clavier), Cristobal (bassiste) et c’est comme ça qu’Holden est né.
Plus tard on a sorti deux autres disques sur Le Village Vert, « Pedrolira » en 2002 et « Chevrotine » l’an dernier.

Qui écrit les chansons dans le groupe ?

Armelle : C’est un travail à quatre mains entre Mocke et moi, avant de rentrer en studio on se fait un petit laboratoire musical à la maison, on s’enferme, on écrit les chansons à deux, on a un espèce de système dynamisant et agréable où lui et moi écrivons une partie, et ensuite on les emmène en répetition et on travaille avec les autres musiciens, chacun amène sa patte pour en faire un morceau ‘Holden.’

Les paroles viennent en général avant la musique ou l’inverse ?

Mocke : c’est un peu les deux en même temps, mais en général on a une mélodie en tête et les textes viennent dans la foulée.

Ce qui impressionne dans vos disques, c’est cette façon de marier la langue française avec un format pop très anglo-saxon, es ce que ça a été un postulat dès le départ ?

Mocke : à la base on a pas une culture très chanson française, on apprécie bien sûr mais on a plus écouté de la musique anglo-saxonne, par contre on a avait vraiment envie de s’exprimer en français, de dire des choses dans notre langue.
Le projet est né de là, depuis des années on essaie de faire des choses qui nous plaisent, qui nous ressemble mais dont on ait pas honte (sourire).

Armelle : on est plus influencé par la pop que par la chanson dans le sens où essaie de bosser la voix comme un instrument à part plutôt que pour délivrer des chansons à messages.
Notre façon de travailler c’est un peu des chansons en français mais qui sonnent un peu comme si elles étaient en anglais.
Au départ quand on a commencé en Irlande où on a vécu quelque temps on écrivait en anglais puis quand on a découvert un disque « La fossette » on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire dans ce sens là, des morceaux qui font sonner le français autrement que comme Brassens ou Ferré, avec tout le respect qu’on leur doit, pas envie de faire une musique à papa.
Ce disque ovniesque et libre de Dominique A nous aussi décomplexé par rapport avec ça, et avec le recul je trouve qu’on a eu raison de continuer dans cette voie, c’est peut etre plus dur mais le français peut sonner différemment si on cherche un peu.

Mocke : Un grand a dit : « Qui cherche trouvera » (rires)

Avez-vous été tenté de chanter en espagnol vu votre popularité au Chili ?

Armelle : Oui et en même temps je pense qu’on a la côte là bas parce qu’on chante dans cette langue, pas sûr que Holden leur plaise autant en espagnol.
J’ai fait quelques reprises pour un projet là bas.
Cette relation avec le Chili c’est un gros coup de chance, à la sortie du premier album d’Holden, un couple qui avaient un label nous a découvert par hasard et cherchait à signer un groupe Français sur leur label.
A notre surprise ça a été un gros succès notamment avec le morceau « La machine » sur les radios étudiantes et on s’est mis à faire des tournées là bas, on s’est retrouvé à jouer dans des grandes salles, alors qu’en France on était vraiment confidentiel, c’est par ce biais qu’on a rencontré Uwe Schmidt qui habite à Salvador.

« Chevrotine » est votre troisième album, et le deuxième avec Uwe Schmidt (ndr : aussi connu pour son projet Senor Coconut), qu’est ce qui vous a donné envie de travailler à nouveau avec lui, qu’est ce qu’il vous apporte ?

Mocke : Ca a été une rencontre qui dépasse vraiment le cadre artiste / producteur, on s’est rendu compte lors de l’enregistrement du précédent disque qu’on avait énormément de choses en commun, il apporte toujours le petit truc en plus qui fait sonner nos chansons autrement.
On a collaboré avec d’autres artistes et à chaque fois on se disait qu’il était essentiel à notre son, du coup il sera également de la partie pour le quatrième album.

Entre deux albums vous multipliez les chansons avec d’autres, comme le superbe « A tort où à raison » avec Prudence.

Armelle : On adore collaborer avec des super musiciens, on a toujours des idées en friche.
J’ai chanté, en anglais cette fois, sur un projet expérimental Icalma, également avec le producteur électro Pier Bucci et puis Murat qui nous a invité sur son disque « Lilith » avant de chanter un morceau sur notre album, un personnage super attachant.

Quid du prochain album ?

Mocke : On a quelques morceaux de prêts, on devrait l’enregistrer assez rapidement.
Il sera assez différent dans sa conception, pour la première foison va rentrer en studio sans maquette au préalable, histoire de changer un peu notre façon d’arranger les morceaux, faire quelque chose de nouveau.

Des morceaux comme « Madrid » font un peu penser aux B.O. de Morricone, vous-même êtes cinéphiles ?

Mocke : Je suis plus bouquin mais je conçois que notre musique a des airs cinématiques, on aime bien que notre musique évoque des images, soit un peu onirique.

Armelle : Je suis très cinéphile. On est pas si loin dans notre façon de composer de la démarche d’un cinéaste, créer une ambiance, comme le fait Lynch par exemple, sans chercher à être compris à tout prix mais plutôt à se laisser emporter par les sons.
De toute façon à moins d’écrire un truc bateau il faut accepter que tes textes t’échappent, avec une écriture à tiroirs, à métaphores, autant y aller franchement.

Mocke : Les gens peuvent interpréter ce qu’ils veulent dans nos chansons, trouver leurs propre signification, c’est comme ça que je vois les choses, j’aime bien ne pas toujours tout comprendre.

Même si vos disques ne se ressemblent pas j’ai l’impression qu’il y a un fil conducteur, les thèmes de départ, de manque, de souvenirs reviennent régulièrement.
« Une fraction de seconde » qui m’avait bouleversé après une rupture trouve un écho dans « Sur le pavé », elles évoquent aussi les souvenirs de voyage, de « Tunis » à « Madrid » sur le dernier lp.

Armelle : On a tous nos obsessions, ça nous échappe à moitié à vrai dire.

Mocke : Je vois ce que tu veux dire, quelque part tu écris un peu toujours la même chose, l’art d’écrire c’est un peu de déguiser ou décliner la même formule à l’infini, c’est comme ça que je le ressens. Je me nourris de également mes lectures, des idées arrivent par la suite.

Chez Holden le visuel a son importance aussi, des dernières pochettes au très beau clip de « Ce que je suis ».

Armelle : On essaie de bosser avec des gens qu’on aime, c’est l’avantage d’être sur un label indépendant, on a peut être des budgets ridicule comparé à une major mais au moins on décide nous même de qui va s’occuper de l’image.
Joris de Prudence a réalisé notre denier clip, on aime beaucoup son travail.
Pour la pochette ce sont des amis graphistes super compétents à qui on a laissé entière liberté et qui ont apporté ce concept de balles qui allait bien avec « Chevrotine ».

Comment se passe cette tournée ?

Armelle : Super bien, on arrive à la fin, toute l’année dernière, on va repartir au Chili car le 3ème album sort bientôt la bas et en Argentine.
Et puis il y a eu cette apothéose à La Cigale en décembre, avec pas mal de monde sur scène avant Noël, comme Jp Nataf, Albin De La Simone, Bertrand Belin, c’était un peu égoiste au départ d’inviter nos amis mais toute le monde a pris du plaisir que ce soit sur scène ou dans le public.

Te sens tu proche de cette famille musicale ?

Armelle : Oui et non, certains ont été étonné de voir Vincent Delerm ou Jeanne Cherhal qui sont sur un label connoté chanson et à l’univers musical différent mais comme d’autres de cette scène là ce sont des gens qui nous aiment et nous l’ont fait savoir à la sortie du dernier album, on a eu envie de les connaître, quel lien ils pouvaient faire entre notre musique et la leur et ce sont des gens vraiment bien.

Comparé à eux Holden a une place un peu discrète, en dix ans de carrière vous n’êtes pas énormément médiatisés.

Armelle : je trouve notre position pas si naze, l’impression d’un progression permanente, aussi bien dans la presse que dans le public, on a lentement fait notre trou petit à petit.
On est plus inébranlables que d’autres groupes qui font les couvertures des magazines comme les Plasticines qui vont peut être durer mais qui risquent de disparaître du jour au lendemain.
Ca a été long pour nous mais ça dure, quand on rencontre des gens qui nous suivent depuis longtemps, les réactions sont variées et très agréables, on a réussi à avoir notre son et ça nous sert plus qu’autre chose, sans qu’on nous classe dans tel ou tel rayon.
Avec Myspace en plus on découvre qu’on a des fans un peu partout dans le monde.

Sur scène vous faites des reprises comme « Spanish bombs » des Clash

Armelle : Oui on s’amuse bien, sur la réédition de « Chevrotine » on reprend « The boy with the thorn in his side » des Smiths, et sur cette tournée on joue du Johnny Thunders (guitariste des New York Dolls), Wenda Jackson ou du Sun Ra (ndr : grand jazzman cosmique), on a toujours une ou deux reprises sous le coude.

Le mot de la fin pour vos auditeurs marseillais ?

Mocke : On est super content de jouer ici, c’est super populaire, il y a la mer…

Armelle : chaque fois je passe ici en coup de vent, et on a pas pu jouer pour le précédent album donc ça fait très plaisir.

Merci à Nicolas et à Mystic Punk Pinguin